Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a étudié les avantages potentiels et les coûts liés à la chirurgie robot-assistée. Cette technologie est relativement sûre lorsqu’elle est employée par des chirurgiens expérimentés, mais on ne dispose pas encore aujourd’hui de preuves évidentes qu’elle apporte de véritables avantages par rapport à la chirurgie traditionnelle. C’est la raison pour laquelle le KCE recommande que l’INAMI ne la rembourse pas de façon inconditionnelle. Beaucoup d’hôpitaux facturent au patient ou à son assurance hospitalisation, les frais supplémentaires entraînés par la chirurgie robot-assistée. Il faudrait que, dans ce genre d’intervention, le patient soit clairement et complètement informé de l’expérience de l’équipe chirurgicale, des coûts additionnels et des alternatives possibles.
Il y a pour le moment en fonctionnement en Belgique au moins une vingtaine d’installations de chirurgie robot-assistée. En termes de nombre d’installations par habitant, notre pays se classe ainsi en deuxième position mondiale, après les USA et loin devant le reste de l’Europe. Ces systèmes sont principalement utilisés dans les interventions sur la prostate (prostatectomie radicale) mais aussi de plus en plus en gynécologie et en chirurgie cardiaque. La technique consiste, pour l’opérateur qui se trouve dans la même salle que le patient, à commander les instruments chirurgicaux à distance. La procédure est très peu invasive en ce sens que les plaies chirurgicales sont réduites au minimum et que l’intervention se pratique via de petits orifices artificiels.
Sécurité ? Oui, mais …
La chirurgie robot-assistée offre au chirurgien une image agrandie en trois dimensions et des instruments très maniable qui évitent les tremblements. Cette nouvelle technologie est théoriquement très prometteuse et relativement sûre à condition que l’équipe chirurgicale ait suivi une formation adéquate et soit bien entraînée. C’est la raison pour laquelle il convient de ne permettre l’accès à la technique qu’aux équipes qui disposent de ces atouts. Leur nombre doit rester limité de façon à ce qu’elles aient la possibilité d’acquérir l’expérience nécessaire.
Avantages : restent à prouver
La chirurgie robot-assistée offre t elle des avantages par rapport à la chirurgie classique? Pour le moment, ce n’est pas encore prouvé de manière satisfaisante. Pour les prostatectomies, il y a clairement une diminution des saignements mais les autres avantages attendus comme un raccourcissement du séjour hospitalier ou de meilleurs résultats en termes d’incontinence ou d’impuissance, ne sont pas démontrés de façon évidente. À ce sujet, ce sont surtout l’habilité et l’expérience du chirurgien qui sont déterminantes et pas la technologie proprement dite. Des interviews que le KCE a pu mener dans les hôpitaux, il ressortait par ailleurs que certains systèmes avaient été acheté plutôt pour de raisons de marketing : « le robot est un signe que notre hôpital mène la course en tête en matière de technologie ».
Coûteux pour le patient
La chirurgie robot-assistée est beaucoup plus chère que la chirurgie classique. Le prix d’achat du système s’élève à environ 1,7 million d’euros et les frais d’entretien à 10% de cette somme chaque année. De plus, pour chaque intervention il faut des instruments très chers qui ne sont que partiellement réutilisables. Comme ces frais plus élevés ne sont pas remboursés, beaucoup d’hôpitaux facturent des suppléments aux patients. Pour une prostatectomie cela se monte dans la plupart des cas à 1200€. Le patient devrait en être clairement informé au préalable par le médecin et pouvoir discuter avec lui des alternatives possibles.
Remboursement non recommandé
Un remboursement complémentaire pour la chirurgie robot-assistée est demandé à l’INAMI avec de plus en plus d’insistance. Le KCE a calculé que ce seul remboursement complémentaire coûterait 2 millions d’euros à l’assurance maladie. Comme l’intérêt réel de la technique reste encore peu démontré, le KCE ne peut en recommander le remboursement sans autre forme de procès.
Si un remboursement devait malgré tout être décidé, il faudrait conditionner celui ci au rassemblement de données qui puissent servir à mieux asseoir les preuves de l’intérêt de la chirurgie robot-assistée pour des interventions déterminées. En outre, les pouvoirs publics devraient exiger plus de transparence de la part des producteurs au sujet de leurs coûts de production. Il faut savoir que l’entreprise qui fabrique le système a une position de monopole grâce à laquelle elle peut fixer le prix du robot et du matériel disposable au niveau qu’elle souhaite.