Bien que 1,5 % seulement de la population belge réside dans une des 1.700 maisons de repos (MRPA) ou maisons de repos et de soins (MRS), les coûts générés par leur consommation de médicaments représentent plus de 5,6 % (123 millions €) du budget total des médicaments remboursés par l’assurance maladie. Par ailleurs, les résidents de ces institutions paient des montants importants de leur poche, en moyenne 50 euros par mois pour les seuls médicaments consommés pour lutter contre les maladies chroniques.
Un rapport réalisé par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) en collaboration avec l’INAMI et un consortium de recherche sous la direction du ‘Heymansinstituut’ de Gand, fait le constat d’une consommation chronique particulièrement élevée de médicaments anti-dépresseurs, souvent en combinaison avec des calmants. En outre, sont également prescrits des médicaments anciens ou dont l’efficacité est insuffisamment démontrée. On observe aussi une grande variabilité entre les différentes institutions.
Presque chaque commune possède sa maison de repos. Toutefois, il existe des différences importantes en termes de densité de lits au niveau provincial. Par tranche de 100.000 habitants âgés de plus de 50 ans, le Hainaut et la province de Liège disposent de plus de 4.000 lits. Ce nombre est inférieur à 2.700 unités pour le Limbourg et le Brabant flamand, provinces qui disposent du nombre le plus faible de lits.
Il est normal que les résidents des maisons de repos consomment plus de médicaments que les jeunes. Ils souffrent plus souvent de maladies de longue durée et chroniques et cumulent plusieurs affections simultanément. Toutefois, la consommation de médicaments peut être améliorée. Un résident belge prend en moyenne 8 pilules par jour. L’étude du KCE met en lumière une consommation chronique élevée, souvent combinée, de médicaments anti-dépresseurs et de calmants. C’est seulement chez les personnes très âgées ou souffrant de démence ainsi que chez les personnes en phase terminale ou en soins palliatifs que la consommation se réduit.
D’autre part, on constate une sous-consommation chez les résidents qui souffrent de maladies cardio-vasculaires. On note des écarts importants, à ce stade non expliqués, dans l’usage des anti-dépresseurs, des calmants, des antibiotiques, des anti-acide, des hypotenseurs et de certains médicaments anciens devenus inefficaces, en fonction de la localisation géographique. Les médicaments meilleur marché sont encore relativement peu achetés par les institutions.
Le rôle crucial du médecin, du personnel infirmier et du pharmacien
De nombreuses personnes âgées qui déménagent vers une institution de repos ou de soins restent fidèles à leur généraliste. La présence d’un médecin coordinateur lié à la MRS a une influence positive sur la qualité de prescription. Un médecin coordinateur a souvent suivi une formation spécifique aux soins à prodiguer aux personnes âgées et peut veiller à l’utilisation du formulaire (liste de médicaments recommandés) et à la qualité de la gestion des médicaments. C’est pourquoi le KCE recommande d’attribuer un rôle plus important au médecin coordinateur.
Chaque MRS doit tenir à disposition un formulaire. En réalité, toutes les institutions ne satisfont pas à cette obligation. En outre, l’étude montre que seule une partie des MRS utilise effectivement ce formulaire.
En outre, un usage correct des médicaments est intimement lié à la qualité de la communication entre le médecin, le personnel infirmier et le pharmacien dans les institutions pour personnes âgées. Le nombre de membres du personnel bien formé joue également un rôle important. En effet, plus leur nombre est élevé et mieux il sont formés, meilleure est la qualité de la gestion des médicaments.
Les MRS liées à un CPAS disposent plus souvent d’un médecin coordinateur, d’un pharmacien hospitalier et d’un bon système de gestion des médicaments. C’est là également que l’on retrouve la consommation la plus basse de médicaments.
La grande majorité des maisons de repos (83 %) achète ses médicaments auprès d’une pharmacie de quartier. Elles conviennent du prix des médicaments sur base d’un appel d’offre ou, le plus souvent, d’un accord informel. Le KCE constate que la qualité de la prescription des médicaments est meilleure si la maison de repos travaille avec un pharmacien hospitalier ou un pharmacien local impliqué dans la gestion des médicaments. Un système de concurrence entre différentes pharmacies devrait s’avérer favorable pour le porte-monnaie des personnes âgées. Actuellement, le principe d’intervention de l’assurance maladie est celui d’une intervention par boîte. Le KCE estime que d’autres modes de financement de l’achat des médicaments, dans les maisons de repos et dans les maisons de repos et de soins, devraient faire l’objet d’études.
Enfin, le rapport du KCE recommande un enregistrement permanent et automatisé de la consommation de médicaments dans les maisons de repos. Il est nécessaire de mener une étude épidémiologique concernant les affections qui sont particulièrement fréquentes à certains endroits. L’autorité publique doit choisir des échelles fiables afin de déterminer le niveau de besoin de soins des institutions et de leurs résidents de manière plus efficace.