Un des causes de l'escalade des coûts de la santé est l'apparition de technologies chères, dont il est donc important d'évaluer la valeur objective. Dans cette perspective, un rapport récent du Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE) évalue la technique du "stent carotidien protégé".
Le rétrécissement (ou sténose) de l'artère carotide est une des causes les plus importantes de thrombose cérébrale. Une technique classique d'intervention chirurgicale développée dans les années '50 permet de traiter le problème ; malheureusement cette intervention donne lieu dans certains cas à des effets secondaires – principalement la thrombose qu'elle est censée éviter. Pour cette raison elle a longtemps joui d'une assez mauvaise réputation. Néanmoins des études scientifiques réellement rigoureuses n'ont été menées que récemment sur cette technique : elles ont démontré que ses avantages surpassaient largement ses inconvénients, tout au moins chez les patients présentant des symptômes dus à la sténose. Chez les patients dont la sténose ne cause pas de symptômes, les bénéfices du traitement ne sont pas prouvés.
Une nouvelle technique de traitement de la sténose carotidienne a été développée au début des années 90 : le stent. Cette nouvelle technique est moins invasive (il ne s'agit plus d'une opération), mais présente également un risque de thrombose. Un perfectionnement apporté récemment semble néanmoins représenter un réel progrès technologique, qui pourrait diminuer la fréquence des effets secondaires. Cette technique s'appelle "stent carotidien protégé".
Une revue approfondie de l'état des connaissances scientifiques sur le sujet montre que celles-ci sont encore insuffisantes que pour tirer des conclusions définitives sur la supériorité de cette nouvelle technique, par ailleurs nettement plus coûteuse que la technique classique. Il n'en s'agit pas moins là d'une technologie très prometteuse qu'il est nécessaire d'évaluer de façon objective, ce qui n'est pas encore le cas. La technique se perfectionne sans arrêt, et pourrait devenir moins chère. Ses bénéfices potentiels – prévention des thromboses – sont importants : la thrombose cérébrale est cause de grande souffrance pour les patients et leurs familles – mais aussi représente un coût élevé pour notre système de sécurité sociale.
Cette étude a abouti aux recommandations suivantes :
- L'introduction de nouvelles technologies coûteuses pose à la société, et aux médecins des problèmes éthiques, pour lesquels le Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique devrait être consulté. Une question importante concerne le droit du patient à l'information. Quel doit être le contenu exact de cette information, et à qui revient-il de la transmettre?
- A l'heure actuelle, le stent carotidien protégé ne peut être recommandé qu'aux patients qui pourraient bénéficier d'un traitement classique de la sténose carotidienne, mais chez qui cette intervention est – pour une raison ou pour une autre - contre-indiquée.
- Le stent carotidien protégé ne devrait être utilisé en Belgique que dans un nombre limité d'hôpitaux, et à la condition impérative de s'inscrire dans un projet de recherche scientifique rigoureux : cela afin de contribuer à une évaluation objective des avantages et inconvénients de la technique.