En collaboration avec l'Agence Intermutualiste (AIM) et les unités de recherche Censtat (Hasselt) et Lucas (KU Leuven), le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a étudié le profil des patients occupant pendant de longues périodes des lits T dans les unités psychiatriques des hôpitaux. Au moment de l’étude, environ 4750 patients occupaient un lit T depuis déjà plus d'un an et pratiquement 1600 depuis plus de 6 ans. Le KCE se demande si tous ces patients sont à leur place dans ce service neuropsychiatrique de longue durée. Il faut cependant souligner que la réorientation vers un autre cadre de soins entraîne souvent des conséquences financières négatives pour ces patients. Le KCE plaide en faveur d'un modèle organisationnel mieux intégré qui définirait clairement les rôles respectifs des services hospitaliers, des maisons de soins psychiatriques et des autres services. Ce n'est que de cette manière que les lits T pourront être utilisés de manière optimale. Ce rapport est le premier d'une série de projets du KCE sur le thème des soins de santé mentale.
Dans notre pays, on dénombre environ 13.000 patients psychiatriques chroniques et gravement atteints, séjournant depuis plus d’un an dans une structure psychiatrique (lits T, maisons de soins psychiatriques, habitations protégées ou hospitalisations de jour ou de nuit). Pratiquement 40% d’entre eux (soit 4750 patients) sont à l’hôpital dont un tiers depuis plus de 6 ans. 25% d’entre eux (soit 3150 patients) résident en maison de soins psychiatriques dont 2/3 depuis plus de 6 ans.
La plupart des hospitalisés de longue durée sont des hommes. Environ la moitié souffre de schizophrénie ou d'un trouble psychotique. Quelque 4 patients sur 10 affichent un comportement agressif et asocial.
Certains éléments indiquent que les patients institutionnalisés depuis longtemps bénéficient moins souvent de revalidation et de psychothérapie que les autres. Les électrochocs ne sont généralement pratiqués que chez les occupants de lits T et cela surtout en Province de Liège. Il existe aussi clairement une grande différence entre les hôpitaux en matière de prescription de médicaments. Les facteurs cliniques jouent peut-être un rôle à ce niveau mais des recherches plus fouillées sur la question s'imposent.
Les patients qui quittent l'hôpital sont plus souvent réorientés vers des maisons de soins psychiatriques (MSP) qu'ils ne sont réintégrés dans la société, en bénéficiant alors d'une thérapie ambulatoire ou d'un encadrement à domicile. Les chances de réintégration sont les plus élevées chez les sujets jeunes ou les patients ayant séjourné en lit T pendant moins de 2 ans. En Flandre, les chances de réintégration sont moins élevées que dans les autres régions en raison d'une offre plus élevée en lits T.
Les patients souffrant d'un retard mental méritent une attention particulière. Le nombre d’hospitalisés de longue durée atteints de retard mental qui occupent des lits T varie d'une région à l'autre (Flandre 15%, Wallonie 30%). Ces personnes ont-elles bien leur place dans des lits T ? Ne seraient-elles pas plus avantageusement prises en charge dans une MSP ou dans une institution pour handicapés mentaux ? Pour trancher la question, une enquête de plus grande envergure est indispensable. La réorientation de ce groupe doit faire l'objet d'un débat au niveau des communautés.
Le KCE estime qu’il faut une description claire respectivement des missions des hôpitaux, des autres services résidentiels et des structures ambulatoires. L'analyse de la situation des lits T ne peut être dissociée de celles d'autres services et institutions du secteur des soins de santé psychiatriques. Une complémentarité et un cadrage sous-jacents sont essentiels pour tendre vers une désinstitutionalisation des patients.
En parallèle, doit s’ouvrir un débat sociétal sur le coût de ces prises en charge pour la société et pour le patient. Un patient hébergé en lit T coûte à la société beaucoup plus cher en moyenne que s'il était admis dans une MSP ou une habitation protégée. D'après les estimations du KCE, en 2003 un patient en lit T coûtait mensuellement 4500 euros à la société, contre 1000 euros par mois seulement pour l'habitation protégée, la formule la moins chère. Par contre, pour le patient c’est le contraire : sa participation financière est beaucoup plus élevée en MSP et en habitation protégée qu’à l’hôpital. Le récent rapport du KCE sur le Maximum à Facturer (nr 80) épinglait déjà de manière spécifique la hauteur des débours auxquels est exposé le patient en psychiatrie. On ne peut négliger l’influence de ces débours sur la décision de réintégration ou de réorientation de ces patients.