Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), en collaboration avec Domus Medica, vient de faire le point sur l’état des connaissances scientifiques en matière de prévention primaire des maladies cardio-vasculaires en Belgique. La prévention primaire vise à éviter les accidents chez les personnes a priori en bonne santé. Le risque de maladie cardio-vasculaire dépend de la combinaison de toute une série de facteurs. C’est pourquoi il doit être examiné globalement et pas facteur par facteur. Arrêter de fumer est la mesure la plus coût-efficace ; elle entraîne même des économies. Pour les non-fumeurs présentant un risque élevé, l’aspirine à faible dose a un meilleur rapport coût-efficacité que les statines qui sont censées réduire le cholestérol. Les régimes pauvres en graisses sont à recommander. L’utilité des suppléments alimentaires n’est par contre pas prouvée.
Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité en Belgique. Chaque année, près de 40 000 Belges décèdent à cause d’elles. Elles représentent également un fardeau considérable en terme de morbidité. Leur prévention primaire revêt donc une importance particulière, en particulier pour ceux qui courent les plus grands risques. Cette prévention doit aussi être menée dans de bonnes conditions de sécurité : pas question de rendre malade des gens qui sont en bonne santé.
Le risque de maladie cadio-vasculaire dépend de différents facteurs simultanément. Les plus importants sont l’âge, le sexe (masculin), le tabac, la tension sanguine, le taux de cholestérol et l’obésité. Le risque doit être apprécié globalement et pas facteur par facteur. Ainsi par exemple, quelqu’un qui a un taux de cholestérol élevé ne court de grands risques que s’il a aussi une tension élevée. Il faut essayer d’agir sur les facteurs de risque. Bien sûr, on ne peut rien changer à l’âge et au sexe mais arrêter de fumer constitue clairement une priorité.
Parmi les nombreux types de régime, seuls ceux pauvres en graisses saturées réduisent le risque, mais à condition d’être suivis scrupuleusement. Il n’y a pas de preuves que les autres régimes ou les divers suppléments alimentaires activement promotionnés ces derniers temps, aient un effet quelconque sur la diminution du risque. Cette assertion n’est évidemment pas un plaidoyer en faveur d’un mode de vie inactif sans souci d’alimentation équilibrée. Il y a toutes sortes d’autres bonnes raisons de continuer à conseiller un mode de vie sain.
Quant à la prévention médicamenteuse, c’est l’aspirine à faible dose qui présente le meilleur rapport coût-efficacité. Les statines souvent prescrites sont peu coût-efficaces dans la plupart des cas. Elles ne le deviennent que pour les hommes de plus de 60 ans, à haut risque cardio-vasculaire et si leur coût annuel est inférieur à 90€.
Quand une prévention primaire au moyen de médicaments est elle indiquée ?
Faire de la prévention primaire consiste à gérer le risque de personnes en bonne santé. Plus ce risque est élevé plus les gains de santé peuvent être importants. La question est dès lors de savoir qui doit être concerné par cette prévention et à partir de quel niveau de risque.
Dans les recommandations de bonne pratique belges et étrangères, on justifie généralement la prescription de médicaments pour les patients dont le risque de décès par maladie cardio-vasculaire dans les 10 prochaines années est compris entre 5 et 10%. Un tel type de choix est arbitraire mais il est indispensable si on veut rester dans la logique de garder une juste mesure entre tout gain de santé et son coût économique tant au niveau individuel qu’au niveau de la société. Le remboursement des statines est ainsi conditionné par l’INAMI à un risque minimum de 5%.
La détermination de ce seuil de risque est une question d’ordre politique. C’est la raison pour laquelle le KCE ne se positionne pas à ce sujet. Il recommande d’ouvrir un large débat de société sur la question.