Plus d’1 belge sur 3 a consulté au moins une fois dans sa vie un chiropracteur, un homéopathe, un acupuncteur ou un ostéopathe. Dans le cadre de l’exécution de la loi Colla, la Ministre de la Santé publique a chargé le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) de dresser un état des lieux de ces médecines non conventionnelles qui rencontrent un tel succès. Dans ce premier rapport qui fait office de pionnier en Belgique, le KCE a étudié l’ostéopathie et la chiropraxie sous des angles médical, sociologique, juridique et organisationnel.
L’année passée, 7% des adultes belges ont consulté un ostéopathe et 2% un chiropracteur, principalement pour des plaintes relatives aux muscles et aux articulations. Près de 9 patients interrogés sur 10 sont satisfaits des soins qu’ils ont reçus. Toutefois la démonstration scientifique de ce que les manipulations puissent atténuer la douleur n’existe que pour les maux de nuque et de bas du dos. De surcroît, il existe un risque de complications graves, principalement pour les manipulations du cou. Le KCE plaide pour un contrôle strict des formations et pour un enregistrement des complications.
Mille ostéopathes et 110 chiropracteurs, surtout pour les muscles et les articulations
On compte en Belgique environ 1000 ostéopathes et 110 chiropracteurs, affiliés à une union professionnelle. La plupart (presque 60% des ostéopathes et 80% des chiropracteurs) sont établis en Flandre.
L’année passée, 7% des adultes belges ont consulté un ostéopathe et 2% un chiropracteur, principalement pour des plaintes relatives aux muscles et aux articulations. Les ostéopathes traitent aussi des bébés grincheux et des bébés qui souffrent de problèmes de reflux. Les patients utilisent souvent les thérapies non conventionnelles en complément de leur traitement classique, principalement sur base du bouche-à-oreille.
Efficacité prouvée uniquement pour soulagement des douleurs de la nuque ou du bas du dos
Le petit nombre d’études scientifiques de qualité disponibles n’apporte des preuves d’efficacité de la chiropraxie et de l’ostéopathie que pour les douleurs de nuque et de bas du dos. Pour les autres plaintes, comme la fatigue chronique, l’asthme ou le reflux chez les nourrissons, l’efficacité de ces thérapies n’est pas démontrée. C’est pourquoi le KCE ne recommande pas leur remboursement par l’assurance maladie.
Quoiqu’il en soit, près de 9 patients interrogés sur 10 ont confiance en leur thérapeute et sont satisfaits des soins reçus. Les usagers de chiropraxie apprécient également la rapidité avec laquelle ils sont aidés.
Risques
Suite au traitement des effets secondaires indésirables légers, tels que maux de tête ou aggravation temporaire des douleurs, sont souvent rapportés (dans 30 à 60% des cas). Un risque de complication grave, éventuellement mortelle, existe également, surtout pour les manipulations du cou. Les chercheurs n’ont pas pu évaluer la fréquence de survenance de ces incidents graves. Le KCE recommande d’enregistrer toutes les complications. Si on se limite à consulter un thérapeute non conventionnel, on court également le risque que le diagnostic d’un problème grave ne soit pas posé, ou tardivement, et qu’un traitement médical classique ne soit pas débuté, ou tardivement.
Les formations ne sont pas officiellement contrôlées
La plupart des gens ne semble pas faire la différence entre l’ostéopathie et la chiropraxie. De même, ils pensent souvent erronément que les thérapeutes sont médecins. La grande majorité des ostéopathes (83%) est kinésithérapeute de formation, tandis que plus de la moitié des chiropracteurs (56%) a suivi uniquement une formation en chiropraxie. En Belgique, différentes formations en ostéopathie sont organisées, dont depuis peu une universitaire. Les candidats chiropracteurs doivent suivre un enseignement à l’étranger.
Aucune formation n’est contrôlée par une instance officielle belge. Dans l’intérêt de la sécurité des patients le KCE recommande que les formations soient contrôlées et reconnues. De plus les titres d’ostéopathe et de chiropracteur devraient être réglementés, de sorte qu’aucune confusion avec le titre de docteur en médecine ne soit plus possible.
La loi Colla qui vise à protéger le patient n’est pas encore exécutée
La législation belge prévoit que seuls les médecins puissent poser un diagnostic et initier un traitement. Les ostéopathes et les chiropracteurs qui ne sont pas médecins travaillent donc dans une zone d’ombre car la loi Colla qui a été promulguée en 1999, n’est toujours pas mise en application. En attendant, les patients ne disposent d’aucune garantie en termes de qualité et de sécurité. En novembre 2010, la Chambre et le Sénat ont reconnu un certain nombre d’unions professionnelles de médecines alternatives. Cette procédure s’est accélérée en raison des astreintes mensuelles de 5000€ que l’état doit verser.
La loi Colla prévoit un double enregistrement : celui des médecines non conventionnelles et celui de chaque thérapeute. Le KCE recommande de n’enregistrer que les thérapeutes qui ont suivi une formation reconnue. Leur enregistrement ne devrait pas dépendre de leur adhésion à une union professionnelle.
Différence entre ostéopathie et chiropraxie
Les patient semblent souvent ne pas savoir s’ils consultent un chiropracteur ou un ostéopathe. Ils cherchent simplement à être soulagés de leur douleur.
Les deux thérapies recourent à des manipulations, dont le craquement des articulations, mais la manière dont elles sont pratiquées peut différer quelque peu. Par ailleurs, les philosophies sous-jacentes ne diffèrent pas tellement entre elles. Ces théories datent toutes deux de la seconde moitié du 19ème siècle et ne sont pas scientifiquement fondées.
En outre, différentes techniques dites ‘douces’ sont utilisées : la plupart des ostéopathes travaillent également sur le crâne et pratiquent des manipulations pour influer sur les organes. On parle alors de techniques crâniales et viscérales.
Ni l’efficacité ni la sécurité de ces techniques ne sont scientifiquement établies.
Les chiropracteurs utilisent du matériel technique, comme une table spéciale. Chez les ostéopathes, les manipulations se font toujours par des contacts manuels ou corporels directs.
Il existe aussi des différences entre les ostéopathes. Celles-ci résident dans l’intérêt porté à la philosophie de base et dans la place que les techniques crâniales et viscérales prennent dans le traitement.
Pour plus d’explications sur la chiropraxie, l’ostéopathie et leur histoire, voir la synthèse dans le rapport.