La question de l’utilité et du prix des Défibrillateurs Automatiques Externes (DAE) a été posée au KCE. Et la réponse n’est pas simple ! Car en effet, si l’efficacité de ces appareils ne fait pas de doute quand ils sont utilisés dans des circonstances idéales, … on est loin du compte dans la réalité.
Comme nous ne disposons pas de chiffres précis pour la Belgique, les chercheurs du KCE ont tenté de chiffrer l’efficacité des DAE par extrapolation à partir de résultats internationaux. Il en ressort que, dans leur disposition actuelle, les DAE permettent vraisemblablement de sauver 6 à 28 vies par an. Ce résultat modeste peut s’expliquer par trois constats :
1. Seulement 8% des victimes d’arrêt cardiaque pourraient bénéficier de l’utilisation d’un DAE par le grand public
Seuls 30% des arrêts cardiaques se produisent dans l’espace public (17% d’après les seules données belges existantes), et la moitié seulement en présence de témoins. Par ailleurs, tous ne sont pas/plus récupérables au moment où l’AED est prêt à être utilisé.
2. Le public est encore trop frileux
Une étude anglaise menée sur 17.000 arrêts cardiaques fait état de 2,4% de chocs délivrés par un témoin, et une étude danoise similaire aboutit à un chiffre de 2,2%. On peut raisonnablement affirmer que l’utilisation des DAE par les témoins est du même ordre en Belgique.
3. Il est difficile de localiser les DAE
Aucune cartographie complète des DAE existants n’est possible actuellement car leur enregistrement (théoriquement obligatoire) auprès du SPF Santé Publique n’est pas au point. Par ailleurs, comme 70% des appareils sont détenus par des privés (clubs sportifs, entreprises, écoles…) ils ne sont pas accessibles 24h/24 et 7j/7. Des applications de géolocalisation ont vu le jour (p.ex. Staying Alive ou Mon Rythme Cardiaque du BeHRA), mais leurs données sont incomplètes et ne concordent pas.
Tout cela ne veut pas dire que les DAE sont inutiles mais que, malheureusement, dans l’état actuel des choses, augmenter leur nombre n’aura qu’un faible impact sur la mortalité, surtout tant que l’on néglige les autres étapes de la chaîne de survie. Le KCE recommande donc de plutôt commencer par améliorer les compétences du grand public en matière de réanimation cardio-pulmonaire, par exemple via des campagnes d’information, ou en instaurant une formation obligatoire des jeunes dès l’école secondaire. Cela se fait avec succès dans les pays scandinaves.
Un pas plus loin, il suggère de tester de nouvelles approches permettant de raccourcir le temps entre l’arrêt cardiaque et l’utilisation d’un DAE, par exemple l’utilisation d’appareils mobiles par des professionnels tels que la police ou les pompiers, ou encore la formation de bénévoles qui seraient immédiatement localisables et mobilisables par les services d’urgence lorsqu’ils se trouvent dans le voisinage d’un arrêt cardiaque.